TeO2 INED-INSEE 2019-2020 · Bilan démographique INSEE 2024 · DARES

La France de 1945 à 2024 :
de qui sommes-nous composés ?

En 1945, la France comptait 40,5 millions d'habitants.
En 2024 : 68,4 millions. Comment s'est construite cette croissance ? Qui compose la France aujourd'hui, par catégorie démographique officielle ?

+27,9M

habitants supplémentaires en 79 ans — croissance naturelle + immigration

⚖️ Cadre légal et méthodologique

La France ne collecte pas de données ethniques ou raciales (loi Informatique et Libertés, CNIL). L'enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2, INED-INSEE, publiée en 2022) utilise le cadre légal international : lieu de naissance et lieu de naissance des parents. Toutes les catégories ci-dessous sont exhaustives et non-chevauchantes.

Sans ascendance immigrée
Né en France
2 parents nés en France
Immigré (déf. INSEE)
Né étranger
à l'étranger
Descendant 2 parents imm.
Né en France
2 parents immigrés
Mixte (1 parent imm.)
Né en France
1 parent immigré + 1 parent né en France
🇫🇷 Composition de la population française — 2024
68,4 millions d'habitants au 1er janvier 2024 — répartition par catégorie démographique (source : TeO2, projection INSEE 2024)
52,8M 77,2 % Sans ascendance immigrée directe
2 parents nés en France
6,8M 9,9 % Immigrés
Nés étrangers à l'étranger
3,8M 5,6 % Descendants (2 parents immigrés)
Nés en France
5,0M 7,3 % Mixtes (1 parent immigré)
Nés en France
77,2 % — Sans ascendance immigrée directe
9,9 % — Immigrés
5,6 % — Descendants (2 parents immigrés)
7,3 % — Mixtes (1 parent immigré)
📅 De 1945 à 2024 : les vagues d'immigration par décennie
Flux nets estimés par période et par grande région d'origine. Sources : rapport Tribalat, INSEE, OCDE.
Sources : M. Tribalat — estimations flux migratoires historiques · INSEE · OCDE Migration Outlook · unités : milliers de personnes (flux nets estimés)
🔑 Points clés par période
1945 – 1954
~0,3M
Reconstruction. Europe du Sud dominante (Pologne, Italie, Espagne). Stock immigré ~1,7M.
1955 – 1964
~0,8M
Essor économique. Maghreb en hausse (Algérie post-indépendance). Portugal en forte croissance.
1965 – 1974
~1,2M
Pic des Trente Glorieuses. Maghreb + Portugal dominants. Premières arrivées d'Afrique sub-saharienne.
1975 – 1984
~0,5M
Stop immigration (1974). Regroupement familial dominant. Asie du Sud-Est (réfugiés Indochine).
1985 – 1994
~0,4M
Faibles flux économiques. Début Europe de l'Est. Afrique sub-saharienne en montée.
1995 – 2004
~0,7M
UE élargie, libre circulation. Flux professionnels + étudiants en hausse. Réfugiés divers.
2005 – 2014
~0,8M
UE2 (Roumanie, Bulgarie). Afrique sub-saharienne = 1ère source. Flux économiques et familiaux.
2015 – 2024
~0,8M
Afrique sub-saharienne dominante. UE. Moyen-Orient. Asie du Sud. +500k/an entrées brutes (dont 300k repartent).
🏔️ Pyramide des âges par catégorie démographique
Population 2024 par tranche d'âge. Les jeunes générations comptent une plus grande part de descendants d'immigrés ; les générations 60+ sont quasi-exclusivement composées de personnes sans ascendance immigrée directe.
Source : Bilan démographique INSEE 2024 · TeO2 INED-INSEE 2022 · estimations par tranche d'âge
📊 Ce que la pyramide révèle :
  • Dans les tranches 0–14 ans, environ 36 % des enfants ont au moins un parent d'origine étrangère (mixtes + descendants + immigrés).
  • Dans les tranches 30–50 ans, les immigrés représentent 13–15 % — c'est l'effet de l'immigration de travail, majoritairement d'âge actif.
  • Au-delà de 65 ans, la part d'immigrés tombe sous 7 % : l'immigration historique est principalement européenne (souvent repartie au pays) et la vague africaine est récente.
  • La structure d'âge des personnes d'origine étrangère est plus jeune que la moyenne, ce qui a des implications directes pour le système de retraites.
💼 Taux d'emploi et salaires par catégorie
Enquête Emploi INSEE + TeO2 (18–59 ans, 2019-2020). Le taux d'emploi est le principal déterminant de la contribution économique nette.
Source : TeO2 INED-INSEE 2022 · Enquête Emploi INSEE · salaires : estimations proxy (sources DARES, INSEE Salaires)
Pourquoi ces écarts ? Les différences de taux d'emploi s'expliquent par plusieurs facteurs cumulatifs : niveau de diplôme à l'arrivée, localisation géographique (concentration dans des zones à fort chômage), ancienneté en France, et discriminations à l'embauche documentées (testings DARES 2021 : -15 % à -32 % selon l'origine pour un profil CV identique). La dispersion interne à chaque groupe est importante — ces chiffres sont des moyennes.
🏛️ Contribution fiscale nette modélisée par catégorie
Estimation du solde fiscal annuel par adulte (cotisations + IR + TVA − dépenses publiques imputées). Modèle simplifié inspiré de l'OCDE 2013.
Modèle : taux d'emploi × salaire moyen × taux prélèvements − dépenses publiques per capita pondérées. Inspiré de « Fiscal Impact of Immigration », OCDE 2013.
⚠️ Limites de ce modèle — à lire avant toute conclusion
  • Ce modèle est une simplification volontaire à vocation pédagogique — il ne reflète pas la réalité complexe de l'incidence fiscale.
  • Non pris en compte : fiscalité du capital, effets de cycle de vie (immigrants récents cotisent 30+ ans avant de toucher une retraite), création d'emplois par entrepreneurs immigrés, contributions au PIB via secteurs sous-dotés en main d'œuvre locale.
  • L'OCDE (2013) estime l'impact fiscal net de l'immigration en France à environ −0,5 % du PIB — mais avec de très fortes variations selon l'origine et l'intégration.
  • La variable clé est le taux d'emploi, pas l'origine en soi. Un immigré actif à plein temps contribue positivement dans tous les scénarios.
👴 Perspective retraites : cotisants actifs par catégorie
Estimation du nombre de cotisants actifs vs bénéficiaires (retraités + chômeurs longue durée) par catégorie démographique. Base : structure d'âge + taux d'emploi.
Estimations : structure d'âge TeO2 + taux d'emploi TeO2 × effectifs par catégorie. Chiffres en millions.
📊 Ce que révèle la perspective retraites :
  • Les catégories "Immigrés" et "Descendants" ont une structure d'âge plus jeune : leur ratio cotisants/bénéficiaires (3,5 à 5,5) est supérieur à la moyenne nationale (1,7).
  • À court terme (horizon 20 ans), les 7,6M de personnes issues de l'immigration contribuent à environ 30 % des cotisants nets, grâce à cette pyramide biaisée vers les 20–50 ans.
  • La limite à long terme : ces populations vieillissent aussi. Le déséquilibre structurel du système (allongement de l'espérance de vie + natalité < 2,1) concerne tous les groupes.
  • Le vrai levier est le taux d'emploi : chaque point de taux d'emploi supplémentaire dans les catégories à faible intégration équivaut à des dizaines de milliers de cotisants nets.
L'argument "l'immigration sauve les retraites" est partiellement vrai à court terme (cotisants jeunes, pyramide favorable) mais incomplet : (1) les immigrés vieillissent et toucheront une retraite, (2) leurs enfants seront aussi concernés par le déséquilibre démographique, (3) si le taux d'emploi est faible, la contribution nette au système de retraites est réduite. La vraie question est celle de l'intégration professionnelle, pas du volume d'immigration.
🌍 Répartition des immigrés et descendants par grande origine (2024)
Parmi les ~15,6M de personnes ayant un lien direct à l'immigration (immigrés + descendants). Source : INSEE, TeO2, projection 2024.
Source : INSEE Immigrés et descendants d'immigrés 2023 · TeO2 INED-INSEE 2022 · projection 2024
🔭 Projection 2024–2100 : deux scénarios fiscaux
Modèle de projection démographique simplifié — fertilité différentielle par catégorie, vieillissement, immigration continue (~280 k/an net). Deux hypothèses sur le taux d'emploi des populations d'origine étrangère.
📉 Scénario A — Statu quo

Les écarts de taux d'emploi par catégorie restent constants. La montée en puissance de la population ASS (plus jeune, fertilité plus élevée, emploi plus faible) creuse progressivement le déficit structurel. Le ratio cotisants/pensionnés passe de 1,66 en 2024 à 0,96 en 2100.

📈 Scénario B — Intégration réussie

Les taux d'emploi de toutes les catégories convergent vers la moyenne nationale (72,5 %) sur 25 ans. L'impact fiscal reste négatif à long terme (vieillissement global), mais le ratio se stabilise à 1,05 en 2100 — une différence de 70 Md€/an vs statu quo.

Ratio cotisants / pensionnés — 2024 à 2100
Modèle : fertilité différentielle (INSEE/TeO2) + immigration 280 k/an net + vieillissement cohortiel. Hypothèse intégration : convergence emploi vers 72,5 % sur 25 ans.
Dérive fiscale structurelle cumulée (Md€ additionnels vs 2024)
Dérive fiscale = variation du solde recettes/dépenses publiques imputable aux changements de structure démographique vs 2024. Ne tient pas compte des politiques économiques futures.
Horizon Ratio cot./pens.
Statu quo
Ratio cot./pens.
Intégration
Dérive fiscale
Statu quo (Md€)
Dérive fiscale
Intégration (Md€)
Gain intégration
(Md€/an)
2030 1,49 1,50 −8 Md€ −5 Md€ +3 Md€
2050 1,23 1,30 −38 Md€ −20 Md€ +18 Md€
2070 1,08 1,17 −72 Md€ −35 Md€ +37 Md€
2100 0,96 ⚠️ 1,05 −105 Md€ −47 Md€ +58 Md€
🎯 Les trois enseignements de la projection :
  • Le défi démographique est structurel — même avec une intégration parfaite, le vieillissement général de la population crée un déséquilibre croissant. Il n'existe pas de solution migratoire simple.
  • L'intégration professionnelle est le levier le plus puissant — la différence entre les deux scénarios atteint 58 Md€/an en 2100. C'est l'équivalent du budget de l'Éducation nationale. Chaque point de taux d'emploi supplémentaire dans les populations sous-employées vaut des milliards.
  • Le "dilemme démographique" est réel — la population qui arrive (jeune, ASS dominante) est, à court terme, celle qui contribue le moins fiscalement ; la population qui part à la retraite (C1, plus âgée) est celle qui a le plus contribué. Cet écart temporel crée un trou structurel que seule l'intégration peut combler progressivement.
  • Point de bascule statu quo : 2095 — si les tendances actuelles se maintiennent, le ratio cotisants/pensionnés passe sous 1,0 (moins d'un cotisant pour un pensionné), rendant le système tel qu'il existe aujourd'hui mathématiquement insoutenable.
Hypothèses du modèle : fertilité C1 = 1,62 (déclinant à 1,55) · fertilité descendants Maghreb = 2,0 (convergence) · fertilité immigrés ASS = 2,8 (convergence à 2,1 en 2070) · immigration nette 280k/an (composition: 30% EU, 25% Maghreb, 35% ASS, 10% Asie) · espérance de vie croissante (+2 ans/décennie) · taux d'emploi scénario B : convergence linéaire vers 72,5 % sur 25 ans pour toutes les sous-catégories. Ce modèle est illustratif — il identifie les ordres de grandeur et la direction, non les valeurs précises.
📚 Sources officielles et limites méthodologiques
Sources primaires
  • TeO2 (Trajectoires et Origines 2) — INED-INSEE, enquête 2019-2020, publication 2022
  • Bilan démographique 2024 — INSEE
  • Enquête Emploi en continu — INSEE (taux d'emploi)
  • Discriminations à l'embauche — DARES, testing 2021
  • Fiscal Impact of Immigration — OCDE 2013
  • Estimations flux migratoires historiques — M. Tribalat (INED)
  • France, portrait social 2023 — INSEE
Limites importantes
  • Les données TeO2 datent de 2019-2020 ; la situation a pu évoluer
  • Les catégories géographiques ("Maghreb", "ASS"…) agrègent des sous-populations très hétérogènes
  • Les contributions fiscales sont modélisées, non mesurées directement (absence de couplage fiscal/statut migratoire)
  • La génération 2 (descendants) présente des profils très variables selon l'intégration familiale, la localisation, le niveau d'éducation
  • Les immigrés "qualifiés" (UE + Asie) contribuent significativement plus que les moyennes agrégées ne le montrent
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