En bref
L'arrêté du 7 juillet 2026 (CE n°498746) crée une table de correspondance numérique liant les anciens et nouveaux identifiants d'état civil après tout changement légal de prénom ou de nom. L'objectif déclaré est de faciliter la continuité administrative (retraite, droits sociaux, antécédents judiciaires) et de lutter contre l'usurpation d'identité. La table couvre tous les motifs : mariage, divorce, francisation, rectification d'erreur, et changement de la mention de sexe. Ce n'est pas un fichier trans — mais son impact sur les personnes ayant changé de mention de sexe est structurellement différent : pour elles, cette table est la seule trace institutionnelle permanente du lien entre leur ancienne et leur nouvelle identité.
Ce qu'il faut retenir
- La table n'est pas un fichier trans : elle couvre tous les changements légaux de nom ou prénom, quel qu'en soit le motif.
- Pour les personnes trans, c'est néanmoins la seule trace institutionnelle permanente du lien entre leur ancienne et nouvelle identité — ce que la loi de 2016 avait cherché à éviter.
- 8 catégories de données sont stockées : ancien prénom, nouveau prénom, ancien nom, nouveau nom, date de naissance, commune de naissance, date du changement, motif du changement.
- Le RNIPP (Répertoire national d'identification des personnes physiques de l'INSEE) n'est pas stocké dans cette table.
- L'accès est restreint aux administrations habilitées par convention avec le ministère de la Justice, mais le périmètre de ces habilitations est flou.
Chaque accès à la table doit mentionner un motif légal (continuité de droits, enquête judiciaire). Les accès à blanc sont techniquement impossibles.
Les données sont conservées 50 ans après le changement, puis archivées sans accès courant. Ce délai est calqué sur celui des registres d'état civil.
Chaque consultation est journalisée. La CNIL peut auditer les journaux d'accès dans le cadre de ses contrôles.
La table n'alimente pas automatiquement d'autres fichiers. Chaque accès est ponctuel et déclenché par une demande explicite.
Analyse par niveau
Score d'impact détaillé
| Critère | Poids | Note |
|---|---|---|
| Sensibilité des données | 15 | |
| Risque de détournement | 15 | |
| Traçabilité des accès | 12 | |
| Contrôle CNIL/judiciaire | 15 | |
| Droits des personnes concernées | 10 | |
| Extension future | 20 | |
| Réversibilité | 13 | |
| Total | 100 | 56 |
Réversibilité
4/5 — L'arrêté peut être abrogé ou modifié par décision ministérielle. La CNIL peut suspendre le traitement. La suppression du motif du changement (ou son anonymisation irréversible) est la modification la plus réaliste à court terme.
Idées reçues
Non. La table couvre tous les changements légaux de prénom ou de nom : mariage, divorce, francisation, erreur d'état civil, et changement de la mention de sexe. Les personnes trans ne sont pas identifiées comme telles dans la table — mais le motif codé du changement y figure, ce qui revient à stocker une donnée de santé de facto.
Non. Le RNIPP n'est pas stocké dans la table de correspondance. La table lie les identifiants d'état civil à travers le temps, sans stocker les données biographiques complètes de la personne.
Chronologie
Sources
- Arrêté du 7 juillet 2026 portant création d'un traitement de données relatives aux changements d'état civil (CE n°498746, JO du 8 juillet 2026)
- CNIL — Délibération n°2026-031 du 15 avril 2026 (avis sur le projet d'arrêté)
- Loi n°2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice (articles 56 à 63)
- Code civil, articles 61 à 61-8 (changement de prénom et de nom)
- Rapport du Défenseur des droits n°2026-12 sur l'impact différencié du traitement sur les personnes trans