AccueilObservatoire des LibertésReconnaissance faciale / VSA
Distinction essentielle : cette fiche couvre deux techniques différentes souvent confondues. La VSA comportementale (détecte des situations anormales, sans identifier personne) a été autorisée temporairement par la loi JO 2023. La reconnaissance faciale (identification d'une personne à partir de son visage) n'est pas autorisée en France dans les espaces publics. Confondre les deux est la principale source d'erreur dans le débat public.
VSA comportementale — autorisée (temporairement)
Détecte des situations prédéfinies : densité de foule anormale, bagages abandonnés, mouvements de panique, intrusion dans une zone. N'identifie pas les individus. Autorisée par la loi n° 2023-380 jusqu'au 31 mars 2025.
Reconnaissance faciale — non autorisée
Relie un visage filmé à une identité dans une base de données. Interdit en temps réel dans les espaces publics en droit français et par l'AI Act européen (règlement 2024/1689), sauf exceptions étroites.
VSA JO — expirée mars 2025 RF — interdite en espaces publics Vérifié le 13/07/2026

Vidéosurveillance algorithmique et reconnaissance faciale : ce que la loi JO 2023 autorisait — et ce qu'elle n'autorisait pas

Loi n° 2023-380 du 19 mai 2023 (VSA) — Règlement UE 2024/1689 (AI Act, reconnaissance faciale)
Vie privée Surveillance biométrique Espace public IA Libertés de réunion
Indice d'impact et de vigilance sur les libertés
64 /100
Impact élevé (61–80)
Pays
France + UE
VSA JO
Expirée le 31/03/2025
RF temps réel
Interdite (AI Act 2024)
Contrôle
CNIL + CSAR (VSA) + CEPD (AI Act)
Risque principal
Glissement VSA → identification
En bref

La loi n° 2023-380 du 19 mai 2023 a autorisé, à titre expérimental pour les Jeux olympiques de Paris, la vidéosurveillance algorithmique (VSA) comportementale : des logiciels analysant des images de caméras pour détecter des situations prédéfinies (mouvement de panique, densité anormale, bagage abandonné), sans identifier les individus. Cette autorisation était temporaire, jusqu'au 31 mars 2025. En 2026, le statut d'une éventuelle pérennisation doit être vérifié. La reconnaissance faciale en temps réel dans les espaces publics — qui identifie une personne à partir de son visage — n'est pas autorisée en France. L'AI Act européen (règlement 2024/1689) l'interdit en principe, avec des exceptions étroites encadrées. Ces deux techniques sont souvent confondues dans le débat public, ce qui nuit à la précision du débat : leurs effets sur les libertés sont réels mais de nature distincte.

Ce qu'il faut retenir
La RF est-elle légale en France ?
Non en temps réel dans les espaces publics. L'AI Act (2024) et l'absence de base légale nationale l'interdisent pour une identification à grande échelle.
Qu'a exactement autorisé la loi JO 2023 ?
La VSA comportementale uniquement : détection de situations anormales sans identification des personnes. Pas la reconnaissance faciale.
La VSA JO est-elle toujours active ?
L'autorisation temporaire expirait le 31 mars 2025. En 2026, une loi de pérennisation est à vérifier dans les sources officielles.
Des villes ont-elles utilisé la RF illégalement ?
Oui. Nice (2019) et Valenciennes ont expérimenté des dispositifs sans base légale. La CNIL a mis en demeure la ville de Nice.
Quel est le principal risque ?
Le glissement de la VSA comportementale vers l'identification biométrique, facilité par le fait que les mêmes caméras pourraient être reconfigurées sans changement physique visible.

La loi JO 2023 a été présentée comme un dispositif de sécurisation des grands événements, limité dans le temps et dans ses capacités. Les garanties suivantes ont été inscrites dans le texte.

Interdiction de la RF et de la biométrie
L'art. 10 de la loi interdit explicitement d'utiliser la VSA à des fins d'identification biométrique ou de reconnaissance faciale. Le traitement ne peut collecter que des données comportementales.
Temporaire — jusqu'au 31/03/2025
L'autorisation était limitée à la période des Jeux (et quelques semaines après). Toute pérennisation nécessitait un rapport au Parlement et une nouvelle loi.
CSAR — supervision parlementaire
Le Comité de supervision des algorithmes de traitement, composé de parlementaires et d'experts, avait accès aux données de mise en œuvre et pouvait formuler des recommandations.
CNIL — contrôle préalable et continu
La CNIL a été associée au dispositif et peut contrôler les traitements mis en œuvre. Elle avait déjà publié une analyse critique du recours à la VSA en 2022.
N1 Faits établis
N2 Effets directs sur les libertés
N3 Risques plausibles — sans modification du cadre actuel
N4 Extensions futures — après modification législative
N5 Scénarios extrêmes — hypothétiques, chaîne juridique détaillée

64 /100
Étendue de la collecte15%9
Sensibilité des données15%10
Absence de ciblage préalable15%11
Contrôle indépendant15%9
Recours et transparence10%5
Capacité d'extension15%14
Réversibilité15%6
Total100%64
Le score élevé sur la "capacité d'extension" (14/15) reflète la porosité technique VSA/RF et le risque de glissement vers l'identification. La "réversibilité" est modérée (6/15) : l'infrastructure de caméras, une fois déployée, est difficile à retirer même si le logiciel algorithmique peut être désactivé.
6 /10
6 = difficile mais possible
La VSA est purement logicielle : les systèmes peuvent être désactivés si la loi l'impose. En revanche, l'infrastructure physique (caméras haute définition déployées dans l'espace public) reste en place et peut être réutilisée. La capacité de surveillance subsiste même si la légalité de son usage est supprimée.
Avant mai 2023
📋Vidéoprotection classique : enregistrement passif, visionnage humain
📋Pas de base légale pour la VSA comportementale dans les espaces publics
📋Pas de base légale pour la RF en temps réel (déjà)
📋Expérimentations illégales de RF à Nice (2019) sans base légale
Après mai 2023 (loi JO)
🔴VSA comportementale légalisée à titre expérimental pour les grands événements
🟡CSAR créé : supervision parlementaire des algorithmes déployés
🟢RF explicitement exclue par le texte
🔴Infrastructure de caméras IA déployée dans l'espace public — réutilisable
Note méthodologique : la loi JO 2023 a simultanément créé un cadre légal (là où il n'y en avait pas) et légalisé une capacité de surveillance sans ciblage individuel préalable. Ses défenseurs font valoir qu'elle est plus protectrice que le vide juridique antérieur ; ses opposants soulignent qu'elle normalise et étend la surveillance algorithmique dans l'espace public.
  • 2019
    Nice — RF illégale au carnaval
    La ville de Nice expérimente la RF sans base légale. La CNIL met la ville en demeure. Premier cas documenté d'usage illégal en France.
  • Sept. 2022
    CNIL — analyse sur la VSA
    La CNIL publie une analyse préliminaire sur les conditions d'un cadre légal pour la VSA, soulignant la nécessité d'une base légale spécifique.
  • 19 mai 2023
    Loi n° 2023-380 — JO 2024
    VSA comportementale autorisée à titre expérimental jusqu'au 31 mars 2025. RF explicitement exclue. CSAR créé pour la supervision.
  • 25 août 2023
    Décret n° 2023-828 — liste des situations
    Fixe la liste des 8 situations détectables par la VSA (mouvements de panique, bagages abandonnés, franchissement de zone, etc.).
  • 13 juin 2024
    AI Act — règlement UE 2024/1689
    Adopté par le Parlement européen. Interdit en principe la RF en temps réel dans les espaces publics. Applicable progressivement.
  • 31 mars 2025
    Expiration de l'autorisation VSA JO
    L'autorisation temporaire expire. Un rapport au Parlement était requis. Le statut d'une éventuelle pérennisation doit être vérifié en 2026.
TypeTitreÉditeurDate
PrimaireLoi n° 2023-380 du 19 mai 2023 (JO 2024)Legifrance19/05/2023
PrimaireDécret n° 2023-828 du 25 août 2023Legifrance25/08/2023
PrimaireRèglement (UE) 2024/1689 — AI ActJournal officiel UE13/06/2024
SecondaireDélibération CNIL n° 2022-113 — analyse sur la VSACNIL08/09/2022
SecondaireRapport CNIL 2023 sur la reconnaissance facialeCNIL2023
SecondaireRapport du CSAR au Parlement sur la VSA JOCSAR / Parlement2025
La reconnaissance faciale est-elle légale en France ?
Non, en temps réel dans les espaces publics. Il n'existe pas de base légale française pour l'identification biométrique à grande échelle dans les espaces publics. L'AI Act européen (2024) l'interdit également en principe, avec des exceptions très encadrées.
Qu'est-ce que la VSA et en quoi est-ce différent de la RF ?
La VSA comportementale détecte des situations (foule dense, bagage abandonné) sans identifier personne. La RF identifie une personne à partir de son visage en la comparant à une base de données. La loi JO 2023 a autorisé la première, pas la seconde.
La loi JO 2023 est-elle toujours en vigueur ?
L'autorisation temporaire de VSA expirait le 31 mars 2025. En 2026, une éventuelle loi de pérennisation doit être vérifiée auprès des sources officielles (Legifrance, rapports parlementaires).
Des villes françaises ont-elles utilisé la RF illégalement ?
Oui. Nice (carnaval 2019) et Valenciennes ont expérimenté des dispositifs sans base légale. La CNIL a mis Nice en demeure. Ces usages ont été conduits en dehors de tout cadre légal, ce qui les distingue de la VSA autorisée par la loi JO 2023.
Quel est le risque principal pour les libertés ?
Le glissement technique et juridique de la VSA vers l'identification biométrique. Les mêmes caméras et infrastructures peuvent être reconfigurées par logiciel pour faire de la RF. Sans contrôle technique continu, la frontière entre les deux usages est difficile à garantir dans la pratique.
L'AI Act protège-t-il vraiment contre la RF de masse ?
Dans sa rédaction actuelle (2024), oui pour les usages en temps réel non encadrés. Les exceptions autorisées (terrorisme, crime grave) sont entourées de garanties strictes (autorisation préalable, proportionnalité). Mais le règlement pourrait être amendé, et son application effective dépend des autorités nationales de contrôle.
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Dernière vérification : 13/07/2026