AccueilObservatoire des LibertésLoi Renseignement 2015
⚠ Cette fiche décrit la loi dans sa version applicable en 2026, modifiée notamment par la loi n° 2021-998 du 30 juillet 2021. Certaines dispositions diffèrent du texte initial de 2015.
En vigueur France · Loi n° 2015-912 · 24 juillet 2015 Vérifié le 13/07/2026

Loi Renseignement de 2015 : ce qu'elle autorise et ses effets sur les libertés

Loi n° 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement — Code de la sécurité intérieure, Livre VIII
Vie privée Secret des communications Surveillance Liberté de la presse Chiffrement
Indice d'impact et de vigilance sur les libertés
72 /100
Risque élevé (61–80)
Pays
France
Adopté
24 juillet 2015
Contrôle
CNCTR (indép.) + Conseil d'État
Population
Toute personne en France
Réversibilité
Très difficile (8/10)
En bref

La loi du 24 juillet 2015 crée un cadre légal général pour les techniques administratives de surveillance utilisées par les services de renseignement français. Elle autorise notamment des traitements automatisés de données de connexion sur les réseaux de certains opérateurs (algorithmes dits « boîtes noires »), l'utilisation d'IMSI-catchers, et l'interception du contenu des communications sur des cibles identifiées. Les autorisations relèvent du Premier ministre, après avis consultatif de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), autorité administrative indépendante. Le Conseil d'État peut être saisi en cas de litige. Le texte a donc à la fois renforcé l'encadrement juridique du renseignement — en légalisant des pratiques auparavant sans base légale explicite et en créant la CNCTR — et légalisé des capacités de surveillance étendues, sans autorisation judiciaire préalable. Plusieurs dispositions ont été modifiées ou précisées depuis, notamment par la loi du 30 juillet 2021.

Ce qu'il faut retenir
La loi est-elle toujours en vigueur ?
Oui. Intégrée dans le CSI (Livre VIII), modifiée en dernier lieu par la loi du 30 juillet 2021.
Permet-elle de surveiller sans juge ?
Oui pour le renseignement administratif. L'autorisation relève du Premier ministre après avis consultatif de la CNCTR. Aucun juge n'intervient avant la mise en œuvre.
Que sont les « boîtes noires » ?
Des traitements automatisés imposés à certains opérateurs pour analyser des données de connexion transitant sur leurs réseaux, sans ciblage individuel préalable.
Journalistes et avocats sont-ils protégés ?
Oui, partiellement. L'art. L.821-7 CSI prévoit un régime renforcé : ils ne peuvent pas être visés à raison de leur profession ; toute demande les concernant passe par la formation plénière de la CNCTR.
La CNCTR peut-elle bloquer une surveillance ?
Pas directement. Son avis est consultatif. Elle peut saisir le Conseil d'État, mais ne dispose pas d'un droit de veto.

Adoptée après les attentats de janvier 2015, la loi visait à doter les services d'un cadre légal clair pour des pratiques auparavant sans base juridique explicite, et à créer des garanties institutionnelles inexistantes jusqu'alors. Elle a été présentée par ses défenseurs comme un progrès en termes d'encadrement par rapport au vide législatif antérieur.

CNCTR — contrôle indépendant
Première autorité administrative indépendante dédiée au renseignement. Avis préalable obligatoire. Formation plénière pour les professions protégées. Rapport annuel public.
Professions protégées — art. L.821-7
Parlementaires, magistrats, avocats et journalistes ne peuvent être visés à raison de leur mandat ou profession. Procédure spécifique devant la CNCTR en formation plénière.
Recours Conseil d'État
Formation spécialisée pouvant être saisie par la CNCTR ou par toute personne estimant faire l'objet d'une surveillance illégale. Recours de droit nouveau créé par la loi.
Finalités et durées encadrées
Finalités limitativement énumérées (art. L.811-3 CSI). Durées de conservation définies à l'art. L.822-2 selon la catégorie de données et la finalité (30 jours pour les correspondances interceptées).
N1 Faits établis — Ce qui existe réellement
N2 Effets directs sur les libertés
N3 Risques plausibles — sans modification du texte
N4 Extensions futures — après modification législative
N5 Scénarios extrêmes — hypothétiques, chaîne juridique détaillée

72 /100
Étendue de la collecte15%12
Sensibilité des données15%11
Absence de ciblage préalable15%13
Contrôle indépendant15%8
Recours et transparence10%5
Capacité d'extension15%11
Réversibilité15%12
Total100%72
Le score mesure l'ampleur des effets et des risques potentiels sur les libertés selon une méthodologie publique. Il ne mesure ni la légitimité ni l'illégitimité du texte. Un score élevé ne signifie pas qu'une loi est mauvaise ou inconstitutionnelle.
8 /10
8 = très difficile à supprimer
Une infrastructure technique et administrative existe déjà auprès de certains opérateurs concernés. Sa suppression nécessiterait une modification législative, une réorganisation des capacités des services, et comporterait un coût politique élevé dans le contexte sécuritaire français depuis 2015.
Avant juillet 2015
📋Cadre juridique fragmentaire : certaines techniques de renseignement n'avaient pas de base légale explicite
📋Pas d'autorité de contrôle dédiée au renseignement administratif
📋Pas de voie de recours juridictionnel dédiée pour une surveillance administrative
📋Interceptions judiciaires encadrées séparément par le CPP (régime distinct, inchangé)
Après juillet 2015
🔵Régime administratif général créé : techniques définies, finalités listées, procédure établie
🟢CNCTR créée : première autorité de contrôle dédiée, inexistante auparavant
🟢Formation spécialisée du Conseil d'État ouverte aux recours individuels
🔴Traitements automatisés, IMSI-catchers et surveillance internationale légalisés sous autorité du Premier ministre
Capacité légaliséeTraitements automatisés sur réseaux d'opérateurs concernés, IMSI-catchers, régime spécifique pour les communications internationales.
AutorisationAutorisation par le Premier ministre après avis consultatif de la CNCTR. Régime distinct des interceptions judiciaires (CPP), qui restent inchangées et toujours sous contrôle d'un magistrat.
Garantie ajoutéeCNCTR créée, recours Conseil d'État ouvert, art. L.821-7 protégeant les professions sensibles, rapport annuel public obligatoire.
Note méthodologique : le cadre « avant 2015 » décrit l'absence de régime légal général pour le renseignement administratif — non les interceptions judiciaires pénales, qui relèvent d'un régime distinct toujours en vigueur et inchangé par la loi de 2015. La loi crée simultanément des garanties nouvelles et légalise des capacités de surveillance étendues. Ces deux effets coexistent.
2017
Loi SILT — pérennisation de mesures parallèles
Loi n° 2017-1510 du 30 octobre 2017 : intègre dans le droit commun des mesures issues de l'état d'urgence de 2015–2017 (périmètres de sécurité, MICAS, fermeture de lieux de culte). N'affecte pas directement la loi renseignement mais illustre la logique de pérennisation des pouvoirs exceptionnels.
2020
CJUE — La Quadrature du Net (6 octobre 2020)
Arrêts C-511/18, C-512/18, C-520/18 : la conservation généralisée des données est en principe contraire au droit de l'UE ; exception possible pour la sécurité nationale sous conditions strictes incluant un contrôle préalable effectif. Affecte l'interprétation des dispositions sur la conservation des métadonnées.
2021
Conseil d'État — confirmation sous conditions (21 avril 2021)
Suite à l'arrêt CJUE, le CE confirme que la conservation généralisée des données peut être maintenue en France pour la sécurité nationale, sous réserve d'un réexamen régulier de sa nécessité. Valide le cadre existant.
2021
Loi n° 2021-998 du 30 juillet 2021 — modification directe
Loi relative à la prévention d'actes de terrorisme et au renseignement : modifie plusieurs articles du CSI (durées de conservation, techniques de recueil, coopération entre services). Principale modification législative directe de la loi de 2015 à ce jour. L'art. L.851-3 renvoie désormais aux finalités des 1°, 2° et 4° de l'art. L.811-3.
Annuel
Rapports annuels CNCTR — volume et évolution
La CNCTR publie chaque année un rapport d'activité. Les rapports documentent le nombre de demandes traitées et son évolution, les techniques utilisées, et les éventuels désaccords avec les services. Source principale sur l'utilisation concrète du dispositif. Disponibles sur cnctr.fr.
  • Jan. 2015
    Attentats Charlie Hebdo et Hyper Cacher
    Le gouvernement Valls annonce une refonte du cadre juridique du renseignement.
  • Mar.–avr. 2015
    Consultation et dépôt
    Avis critique de la CNIL (délibération n° 2015-075) et de la CNCDH (26 mars 2015). Dépôt du PJL.
  • Mai–juin 2015
    Adoption — large majorité
    Vote favorable à l'Assemblée nationale puis au Sénat.
  • 23 juil. 2015
    Décision CC n° 2015-713 DC
    Architecture générale validée. Renseignement qualifié de police administrative (pas judiciaire). Deux dispositions ponctuelles censurées.
  • 24 juil. 2015
    Promulgation — Loi n° 2015-912
    Publication au Journal officiel.
  • Oct. 2017
    Loi SILT
    Pérennisation de mesures parallèles issues de l'état d'urgence.
  • Oct. 2020
    CJUE — La Quadrature du Net
    Conservation généralisée contraire au droit de l'UE en principe, exception sécurité nationale sous conditions.
  • Juil. 2021
    Loi n° 2021-998 — modification directe
    Durées de conservation, techniques de recueil, L.851-3 mis à jour.
TypeTitreÉditeurDate
PrimaireLoi n° 2015-912 du 24 juillet 2015Legifrance / JO24/07/2015
PrimaireDécision CC n° 2015-713 DCConseil constitutionnel23/07/2015
PrimaireRapports annuels CNCTRCNCTR2016–2025
PrimaireLoi n° 2021-998 du 30 juillet 2021Legifrance / JO30/07/2021
SecondaireDélibération CNIL n° 2015-075 — avis sur le PJL renseignementCNIL05/03/2015
SecondaireAvis CNCDH du 26 mars 2015 sur le projet de loiCNCDH26/03/2015
PrimaireCJUE, La Quadrature du Net e.a., C-511/18Cour de justice de l'UE06/10/2020
Qu'est-ce que la loi Renseignement de 2015 ?
La loi n° 2015-912 du 24 juillet 2015 crée un cadre juridique général pour les techniques administratives de surveillance des services de renseignement français. Elle légalise des traitements automatisés de données de connexion, les IMSI-catchers et diverses techniques d'interception, et crée la CNCTR pour les contrôler. Elle a été adoptée après les attentats de janvier 2015.
Que permet concrètement la loi Renseignement ?
Elle autorise notamment : des traitements automatisés de données de connexion sur les réseaux de certains opérateurs (boîtes noires, sans ciblage individuel préalable), des IMSI-catchers, l'interception du contenu des communications sur des cibles identifiées, et la surveillance de communications internationales selon un régime distinct. Toutes ces techniques nécessitent une autorisation du Premier ministre après avis de la CNCTR.
Qu'est-ce qu'une « boîte noire » algorithmique ?
Un traitement automatisé imposé à certains opérateurs pour analyser des données de connexion transitant sur leurs réseaux et détecter des signaux correspondant à des paramètres autorisés. Ces traitements n'interceptent pas le contenu des messages à ce stade — uniquement les métadonnées (qui contacte qui, quand, depuis où). Selon la CNCTR, 8 autorisations de ce type avaient été délivrées fin 2025.
Un juge doit-il autoriser une technique de renseignement ?
Non, dans le cadre du renseignement administratif. L'autorisation relève du Premier ministre après avis consultatif de la CNCTR. Le Conseil constitutionnel a validé ce choix, considérant que ces activités relèvent de la police administrative et non judiciaire. Les interceptions judiciaires (enquêtes pénales) restent distinctes et toujours soumises à un magistrat.
Les journalistes et avocats peuvent-ils être surveillés ?
L'art. L.821-7 CSI prévoit un régime renforcé pour les parlementaires, magistrats, avocats et journalistes. Ils ne peuvent pas être visés à raison de l'exercice de leur mandat ou profession. Les demandes les concernant doivent être examinées par la CNCTR en formation plénière. Cette protection n'est toutefois pas une immunité absolue : une surveillance peut porter accessoirement sur une personne protégée sans que cela soit le motif de la demande.
Quel est le rôle de la CNCTR ?
La CNCTR est une autorité administrative indépendante qui émet un avis préalable sur chaque demande de surveillance. Cet avis est consultatif : le Premier ministre peut ne pas le suivre. En cas de désaccord persistant, la CNCTR peut saisir le Conseil d'État. Elle exerce également un contrôle a posteriori et publie un rapport annuel public.
Peut-on savoir si l'on a été surveillé ?
En principe non. La surveillance administrative est secrète. Une personne peut saisir le Conseil d'État via une procédure spécifique créée par la loi de 2015. Cette démarche suppose de suspecter que l'on fait l'objet d'une surveillance, ce qui est difficile à établir sans information préalable.
Quelles modifications ont été apportées depuis 2015 ?
La loi SILT de 2017 a pérennisé des mesures parallèles issues de l'état d'urgence. La CJUE (La Quadrature du Net, 2020) a encadré la conservation des données. Le Conseil d'État (2021) a confirmé la compatibilité du régime français avec le droit de l'UE sous conditions. La loi du 30 juillet 2021 est la modification directe la plus importante : elle a modifié les finalités, durées de conservation et techniques de recueil.
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Dernière vérification : 13/07/2026